Symptômes moteurs
Équilibre et chutes : comprendre ce qui vacille.
Dans la maladie de Parkinson, l’équilibre peut devenir moins fiable. Les rattrapages qui se faisaient seuls demandent désormais de l’attention, et certains gestes du quotidien deviennent des moments de vigilance.
Cette page dit ce que l’on sait des chutes, ce que l’exercice change réellement, et sur quel point les études sont beaucoup moins rassurantes qu’on ne le lit souvent.
01Comprendre
Pourquoi l’équilibre devient moins fiable
Tenir debout n’est pas une position : c’est une correction permanente, et largement automatique.
À chaque instant, votre corps oscille légèrement et se rattrape sans que vous y pensiez. Ces ajustements reposent sur trois entrées : ce que vous voyez, ce que votre oreille interne perçoit, et ce que vos pieds et vos articulations renseignent sur votre position.
Dans la maladie de Parkinson, ce ne sont pas ces entrées qui font d’abord défaut, mais la réponse. Le rattrapage part plus tard, il est plus petit, et il est moins bien calibré. Le pas de récupération, celui qu’on fait spontanément quand on est déséquilibré, peut devenir trop court pour rattraper quoi que ce soit.
S’y ajoutent des éléments qui ne concernent pas l’équilibre à proprement parler mais qui pèsent lourd : une posture penchée vers l’avant, une raideur qui limite les ajustements, des pas plus courts, et pour certaines personnes un blocage soudain à la marche.
Un point mérite d’être connu, parce qu’il explique bien des déceptions : les troubles de l’équilibre et de la posture répondent beaucoup moins bien aux traitements dopaminergiques que la lenteur ou la rigidité. Ce n’est pas que votre traitement est mal réglé.
02Reconnaître
Les moments où l’équilibre est le plus sollicité
Les chutes se concentrent sur quelques situations identifiables. Les repérer vaut mieux que de réduire ses déplacements.
- Les demi-toursChanger de direction demande de coordonner le regard, le tronc et les pieds en même temps.
- Se lever et s’asseoirLe moment où le poids passe des fesses aux pieds est un transfert d’équilibre à part entière.
- Les passages étroitsUne porte, un couloir, une foule. Certains ressentent un blocage brutal des pieds.
- Faire deux choses à la foisMarcher en parlant, en portant un objet, en cherchant quelque chose du regard.
- Les fins de doseLes moments où le traitement agit moins sont souvent ceux où l’on est le moins stable.
- La peur elle-mêmeLa peur de tomber figure parmi les facteurs associés aux chutes répétées. Elle se traite.
Ces situations ne sont pas à éviter : elles sont à travailler. Réduire ses déplacements diminue l’activité physique, et une activité physique réduite fait elle-même partie des facteurs associés aux chutes répétées.
03Les chiffres
À quel point les chutes sont-elles fréquentes ?
Des chiffres élevés, très dispersés, et qui ne disent rien d’une personne en particulier.
Une revue systématique a réuni 22 études ayant suivi des personnes atteintes de la maladie de Parkinson de façon prospective, c’est-à-dire en enregistrant les chutes au fur et à mesure plutôt qu’en les demandant de mémoire.
Dans ces études, 60,5 % des participants ont rapporté au moins une chute, et 39 % des chutes répétées. Mais lisez surtout l’écart entre les études : de 35 à 90 % pour la première, de 18 à 65 % pour la seconde.
Cette dispersion n’est pas un défaut de la revue : elle reflète le fait que les populations étudiées n’ont rien à voir entre elles, en stade, en âge et en durée d’évolution. Aucun de ces pourcentages ne s’applique à vous.
Les facteurs associés aux chutes répétées sont, eux, assez constants d’une étude à l’autre : avoir déjà chuté, une maladie plus avancée, des troubles cognitifs, la peur de tomber, un blocage à la marche, une mobilité réduite et une activité physique diminuée.
Le dernier de la liste est le seul sur lequel vous ayez une prise directe, et c’est ce qui rend le réflexe de « bouger moins pour risquer moins » si contre-productif.
04Ce que dit la science
L’exercice prévient-il les chutes ?
La réponse honnête est « pas comme on le dit souvent », et le détail compte plus que la réponse.
Ce qu’il faut retenir
L’essai le plus solide n’a pas montré de réduction des chutes. Sur 231 personnes, le critère principal n’a pas été atteint.
Le résultat s’inverse selon le stade. Chez les personnes les moins atteintes, les chutes ont diminué nettement. Chez les plus atteintes, la tendance allait dans l’autre sens.
Mais l’exercice a amélioré autre chose : les capacités physiques, la peur de tomber, l’humeur et la qualité de vie.
AL’essai de référence
Un résultat principal négatif, et pourquoi il faut le dire
En 2015, 231 personnes atteintes de la maladie de Parkinson ont été réparties au hasard entre un programme d’exercice à domicile, peu supervisé, et des soins habituels. Le programme travaillait l’équilibre, la force des jambes et le blocage de la marche, 40 à 60 minutes, trois fois par semaine, pendant six mois.
Le nombre de chutes n’a pas diminué de façon significative dans le groupe qui s’entraînait.
L’analyse prévue à l’avance selon la sévérité donne le résultat le plus important de cet essai. Chez les personnes les moins atteintes, les chutes ont nettement diminué. Chez les personnes les plus atteintes, elles avaient tendance à augmenter, sans atteindre le seuil de signification.
C’est un argument direct en faveur d’un travail commencé tôt, et un avertissement tout aussi direct contre un programme à domicile peu encadré à un stade avancé.
- 231participants
- 6mois d’entraînement
- noncritère principal atteint
- 2résultats opposés selon le stade
Aucun programme, y compris le nôtre, ne peut être présenté comme un moyen d’éviter les chutes. Si vous êtes à un stade avancé ou si vous chutez déjà, l’encadrement par un kinésithérapeute n’est pas un confort.
BCe qui marche sur l’équilibre lui-même
Entraîner l’équilibre améliore l’équilibre
La question « éviter les chutes » et la question « améliorer l’équilibre » ne sont pas la même, et les réponses diffèrent.
Un essai randomisé a réparti 100 personnes atteintes d’une maladie de Parkinson légère à modérée entre un programme d’équilibre volontairement exigeant, dix semaines durant, et des soins habituels. Le programme associait des situations instables et des tâches doubles, c’est-à-dire marcher en faisant autre chose.
Les participants entraînés ont amélioré leur équilibre mesuré et leur vitesse de marche par rapport au groupe contrôle, ainsi que leur performance à la tâche cognitive pendant la marche.
La revue Cochrane de 2024 va dans le même sens : parmi les formes d’exercice étudiées, le travail de la marche, de l’équilibre et des gestes fonctionnels figure parmi celles dont l’effet sur les signes moteurs est le mieux établi.
- 100participants
- 10semaines
- ouiéquilibre amélioré
Améliorer son équilibre mesuré ne garantit pas de ne pas tomber. Les deux sont liés, ils ne sont pas équivalents.
05Passer à la pratique
Sur quoi porte un travail de l’équilibre
Les principes que l’on retrouve dans les travaux cités plus haut. Ce sont des axes, pas un programme, et aucun ne se pratique seul au début.
- Être sollicité, pas mis en dangerLes programmes qui obtiennent des résultats placent la personne en difficulté réelle, mais dans des conditions sûres.Exempletravailler à portée immédiate d’un appui stable, plan de travail ou dossier de chaise, jamais dans le vide.
- La double tâcheMarcher en faisant autre chose est la situation où l’équilibre lâche le plus souvent, et elle s’entraîne.Exempleajouter une tâche simple à un déplacement déjà maîtrisé, et seulement une fois qu’il l’est.
- La force des jambesRattraper un déséquilibre demande de produire de la force vite. C’est une qualité qui se perd avant les autres.Exemplese lever d’une chaise sans les mains, si cela est possible en sécurité.
- Les transitionsLes demi-tours, les changements de direction et les transferts concentrent une grande part des situations à risque.Exempledécomposer un demi-tour en plusieurs pas larges plutôt qu’en pivot sur place.
- La régularitéLes bénéfices observés dans les essais reposent sur plusieurs séances par semaine pendant plusieurs mois, pas sur quelques séances.Exempleviser une fréquence tenable dans la durée plutôt qu’un volume impossible à maintenir.
La recommandation européenne de kinésithérapie dans la maladie de Parkinson préconise une orientation dès le diagnostic, et décrit l’adressage tardif comme une occasion manquée. Les résultats de l’essai de 2015 donnent à cette recommandation un sens très concret.
Si vous avez déjà chuté, si vous avez peur de tomber, ou si votre maladie évolue depuis plusieurs années, ne commencez pas seul. L’essai le plus solide sur le sujet a observé une tendance à davantage de chutes chez les personnes les plus atteintes qui s’entraînaient à domicile avec peu d’encadrement. Parlez-en à votre médecin ou à votre kinésithérapeute avant de modifier quoi que ce soit.
06Park&Move
Savoir où vous en êtes, d’abord.
Le stade et les capacités changent complètement ce qui est adapté, et cette page vient de montrer pourquoi. Le questionnaire Park&Move vous oriente vers l’un des trois niveaux.
Questionnaire gratuit, sans inscription. Il ne remplace pas un bilan par un kinésithérapeute.
Références
Sources et références scientifiques
Les informations de cette page s’appuient sur les publications ci-dessous. Chaque référence renvoie à la publication d’origine.
Allen NE, Schwarzel AK, Canning CG.
Recurrent falls in Parkinson’s disease: a systematic review.
Parkinson’s Disease. 2013 ; 2013 : 906274. PMID 23533953.
Fréquence des chutes et facteurs associés, à partir de 22 études prospectives. Porte tous les chiffres de la section 02.
Canning CG, Sherrington C, Lord SR, et al.
Exercise for falls prevention in Parkinson disease: a randomized controlled trial.
Neurology. 2015 ; 84(3) : 304‑12. PMID 25552576.
Essai randomisé de 231 personnes. Critère principal non atteint, résultat opposé selon la sévérité. Porte toute la section 04, y compris son avertissement.
Conradsson D, Löfgren N, Nero H, et al.
The effects of highly challenging balance training in elderly with Parkinson’s disease: a randomized controlled trial.
Neurorehabilitation and Neural Repair. 2015 ; 29(9) : 827‑36. PMID 25608520.
Entraînement de l’équilibre très sollicitant, 100 participants, 10 semaines. Porte les principes de la section 05.
Ernst M, Folkerts AK, Gollan R, et al.
Physical exercise for people with Parkinson’s disease: a systematic review and network meta-analysis.
Cochrane Database of Systematic Reviews. 2024 ; 4 : CD013856. PMID 38588457.
Comparaison de nombreuses formes d’exercice dans la maladie de Parkinson. Sert le volet général de la section 05.
Bloem BR, Okun MS, Klein C.
Parkinson’s disease.
The Lancet. 2021 ; 397(10291) : 2284‑303. PMID 33848468.
Revue générale de référence. Sert le mécanisme, le diagnostic clinique, l’évolution et le fait qu’aucun traitement ne ralentit aujourd’hui la progression.
Domingos J, Keus SHJ, Dean J, et al.
The European Physiotherapy Guideline for Parkinson’s Disease: implications for neurologists.
Journal of Parkinson’s Disease. 2018 ; 8(4) : 499‑502. PMID 30149464.
Recommandation européenne d’orienter vers la kinésithérapie dès le diagnostic. Sert la dernière section.
Pour aller plus loin
Ces organisations publient une information grand public de référence sur la maladie de Parkinson. Elles ne sont pas des publications scientifiques, et figurent à ce titre séparément.