Symptômes moteurs
Freezing de la marche : quand les pieds restent collés au sol.
Le pied ne part pas. Le haut du corps, lui, continue d’avancer. Cela dure quelques secondes, parfois moins, et cela s’arrête aussi brusquement que c’est venu.
Ce phénomène porte un nom, il s’explique en partie, et certaines stratégies le réduisent. Voici ce que l’on sait, et ce qu’on ne sait toujours pas.
01Comprendre
Ce qui se passe pendant un blocage
Ce n’est ni un manque de volonté, ni une faiblesse musculaire, ni un oubli.
Pendant un épisode, les jambes ne s’arrêtent pas vraiment. On observe souvent un tremblement rapide des cuisses et des pas qui deviennent minuscules, presque sur place. L’intention de marcher est là, et la commande semble ne plus aboutir.
Les travaux de recherche situent l’origine probable du phénomène dans un dysfonctionnement entre plusieurs régions du cerveau : des zones frontales, les noyaux gris centraux, et une région du tronc cérébral impliquée dans la locomotion. Le mot « probable » est de la littérature, pas une précaution de ma part : le mécanisme exact n’est pas établi.
Ce qui est bien décrit, en revanche, ce sont les circonstances. Le blocage survient de façon privilégiée au démarrage, dans les demi-tours, au passage d’un seuil ou d’un rétrécissement, à l’approche d’une destination, et quand l’attention est occupée ailleurs.
Il est aussi sensible à l’état émotionnel. Être pressé, être observé, ou craindre de bloquer augmentent la probabilité de bloquer. C’est une boucle désagréable, et la connaître aide déjà à la desserrer.
02Reconnaître
Les circonstances qui reviennent le plus souvent
Repérer ses propres déclencheurs est la première étape utile, et c’est quelque chose que vous seul pouvez faire.
- Le démarrageLe premier pas ne part pas, alors que la marche une fois lancée se passe bien.
- Le demi-tourChanger de direction, surtout dans un espace restreint comme une salle de bain.
- Les passages étroitsUne porte, un couloir, entre deux meubles. Le rétrécissement visuel suffit souvent.
- L’arrivéeÀ quelques pas du fauteuil ou du lit, au moment de s’arrêter précisément quelque part.
- L’attention occupéeParler, porter quelque chose, répondre au téléphone en marchant.
- Les fins de doseChez beaucoup, les blocages se concentrent quand le traitement agit moins. À signaler au neurologue.
Noter dans quelles circonstances vos blocages surviennent, et à quels moments de la journée, est l’information la plus utile que vous puissiez apporter à votre neurologue et à votre kinésithérapeute.
03Les chiffres
À quel point le freezing est-il fréquent ?
Deux chiffres pour la même chose, et l’écart entre eux est plus instructif que chacun d’eux.
Une méta-analyse publiée en 2021 a réuni 66 études portant au total sur 9 072 personnes. Sa conclusion est inhabituelle : la fréquence du freezing dépend massivement de la façon dont on le cherche.
Avec un questionnaire conçu pour le détecter, la fréquence pondérée est de 50,6 %. Avec un simple item d’échelle clinique ou une question posée en consultation, elle tombe à 23,2 % et 25,4 %. Même maladie, mêmes personnes, résultat du simple au double.
La lecture est directe : on ne trouve le freezing que si on le cherche vraiment. Si personne ne vous a posé la question précisément, elle n’a probablement pas été posée du tout.
Le stade compte aussi, et beaucoup. La fréquence pondérée est de 37,9 % dans les cinq premières années et de 64,6 % au delà de neuf ans d’évolution.
Enfin, les études prises une à une rapportent des taux allant de 5 à 85,9 %. Aucun de ces nombres ne décrit une personne : ils décrivent des populations, des méthodes de mesure et des stades différents.
04Ce que dit la science
Que peut-on faire contre les blocages ?
Des effets réels, modestes, et qui ne se maintiennent pas tout seuls.
Ce qu’il faut retenir
Les indices rythmiques fonctionnent, modestement. Dans l’essai de référence, la sévérité du freezing a baissé de 5,5 % chez les personnes concernées.
Et les bénéfices ne persistent pas après l’arrêt. Six semaines après la fin de l’entraînement, les gains avaient disparu, sauf sur la confiance en soi.
Aux stades avancés, les traitements disponibles, médicaments compris, perdent en efficacité sur le freezing. C’est un argument pour s’en occuper tôt.
AL’essai de référence
Ce qu’apporte un entraînement aux indices, et pendant combien de temps
L’essai RESCUE a réparti 153 personnes atteintes de la maladie de Parkinson entre un programme à domicile de trois semaines fondé sur des indices rythmiques, et une période sans entraînement, dans un ordre tiré au sort.
Les résultats sont positifs et petits : 4,2 % d’amélioration sur le score de posture et de marche, et 5,5 % de réduction de la sévérité du freezing chez les personnes qui en présentaient. La vitesse de marche, la longueur du pas et l’équilibre chronométré se sont également améliorés.
Le point décisif vient après. À six semaines de la fin de l’entraînement, les auteurs ne retrouvent plus d’effet, à l’exception d’une plus grande confiance dans les activités du quotidien.
Ce n’est pas un échec de la méthode. C’est la démonstration qu’il s’agit d’un entraînement, et qu’un entraînement interrompu cesse de produire ses effets, ici comme ailleurs.
- 153participants
- 3semaines d’entraînement
- 5,5 %de freezing en moins
- 0effet retrouvé à 6 semaines
Des gains réels mais modestes, qui demandent d’être entretenus. Aucune de ces stratégies ne supprime le freezing.
BCe que confirment les travaux récents
Les indices sonores font mieux que l’entraînement seul
Une revue systématique publiée en 2024 a comparé l’entraînement de la marche avec indices sonores à l’entraînement de la marche seul, chez des personnes capables de marcher.
Ses auteurs concluent que l’ajout d’indices sonores améliore davantage la vitesse de marche que l’entraînement seul. L’apport porte donc sur la marche en général, et pas uniquement sur les épisodes de blocage.
La revue Cochrane de 2024 situe par ailleurs le travail de la marche, de l’équilibre et des gestes fonctionnels parmi les formes d’exercice dont l’effet sur les signes moteurs est le mieux établi.
En revanche, aux stades avancés, la revue de référence sur le freezing est explicite : médicaments, stimulation cérébrale profonde et techniques de rééducation manquent d’efficacité chez les personnes dont le freezing est très installé.
C’est l’argument le plus solide en faveur d’une prise en charge commencée tôt, quand les stratégies fonctionnent encore.
05Passer à la pratique
Les stratégies utilisées en rééducation
Toutes reposent sur le même principe : remplacer un automatisme défaillant par une action volontaire, guidée de l’extérieur.
- Un rythme sonoreUn signal régulier donne à la marche une cadence extérieure, que le cerveau n’a plus à produire seul.Exempleun métronome, une musique à tempo régulier, ou quelqu’un qui compte à voix haute.
- Un repère visuelUne cible au sol à enjamber transforme le démarrage en un geste volontaire et précis.Exempleune ligne sur le sol, le pied d’un accompagnant, une canne posée devant soi.
- Changer le mouvementPlutôt que d’insister sur un pas qui ne part pas, on change de geste pour relancer la séquence.Exempleun transfert du poids d’un pied sur l’autre, ou un pas latéral avant de repartir devant.
- Préparer l’environnementLes déclencheurs se traitent aussi en modifiant ce qui les provoque.Exempledégager les passages étroits, retirer un tapis, prévoir de la place pour les demi-tours.
- Une chose à la foisMarcher et faire autre chose en même temps est une situation à haut risque de blocage.Exemples’arrêter pour parler ou pour chercher quelque chose, plutôt que de cumuler.
La recommandation européenne de kinésithérapie dans la maladie de Parkinson préconise une orientation dès le diagnostic. Pour le freezing, cette précocité prend un sens particulier : les stratégies s’apprennent mieux et se transfèrent mieux avant que les blocages ne soient installés.
Ces stratégies s’apprennent avec un kinésithérapeute, puis se répètent chez soi. Choisir le bon indice, le bon rythme et le bon moment dépend de vos déclencheurs, et un blocage mal géré peut provoquer une chute. Si vous bloquez, parlez-en avant d’essayer seul.
06Park&Move
Entretenir ce qui s’apprend.
L’essai de référence montre que les bénéfices d’un entraînement s’estompent quand il s’arrête. Park&Move propose des programmes à domicile conçus pour être tenus dans la durée, à l’un des trois niveaux.
Questionnaire gratuit, sans inscription. Il ne remplace pas un bilan par un kinésithérapeute.
Références
Sources et références scientifiques
Les informations de cette page s’appuient sur les publications ci-dessous. Chaque référence renvoie à la publication d’origine.
Nutt JG, Bloem BR, Giladi N, et al.
Freezing of gait: moving forward on a mysterious clinical phenomenon.
The Lancet Neurology. 2011 ; 10(8) : 734‑44. PMID 21777828.
Revue de référence sur le phénomène, ses origines cérébrales probables et les limites des traitements aux stades avancés. Porte les sections 01 et 04.
Zhang WS, Gao C, Tan YY, Chen SD.
Prevalence of freezing of gait in Parkinson’s disease: a systematic review and meta-analysis.
Journal of Neurology. 2021 ; 268(11) : 4138‑50. PMID 34236501.
Fréquence du freezing selon le stade et selon l’outil de mesure, sur 66 études et 9 072 personnes. Porte la section 03.
Nieuwboer A, Kwakkel G, Rochester L, et al.
Cueing training in the home improves gait-related mobility in Parkinson’s disease: the RESCUE trial.
Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry. 2007 ; 78(2) : 134‑40. PMID 17229744.
Essai randomisé de 153 personnes sur les indices rythmiques à domicile. Porte la section 04, y compris l’absence d’effet persistant après l’arrêt.
Nascimento LR, Boening A, Rocha RJ, et al.
Walking training with auditory cueing improves walking speed more than walking training alone in ambulatory people with Parkinson’s disease: a systematic review.
Journal of Physiotherapy. 2024 ; 70(3) : 208‑15. PMID 38897907.
Revue systématique récente sur l’apport des indices sonores à l’entraînement de la marche. Porte la section 05.
Ernst M, Folkerts AK, Gollan R, et al.
Physical exercise for people with Parkinson’s disease: a systematic review and network meta-analysis.
Cochrane Database of Systematic Reviews. 2024 ; 4 : CD013856. PMID 38588457.
Comparaison de nombreuses formes d’exercice dans la maladie de Parkinson. Sert le volet général de la section 05.
Domingos J, Keus SHJ, Dean J, et al.
The European Physiotherapy Guideline for Parkinson’s Disease: implications for neurologists.
Journal of Parkinson’s Disease. 2018 ; 8(4) : 499‑502. PMID 30149464.
Recommandation européenne d’orienter vers la kinésithérapie dès le diagnostic. Sert la dernière section.
Pour aller plus loin
Ces organisations publient une information grand public de référence sur la maladie de Parkinson. Elles ne sont pas des publications scientifiques, et figurent à ce titre séparément.