Symptômes non moteurs

Fatigue et Parkinson : le symptôme que personne ne voit.

Une fatigue qui ne vient pas de l’effort, que le repos ne répare pas, et qui ne se lit sur aucun examen. Elle est souvent mise sur le compte de l’âge, du moral ou du traitement.

Elle est pourtant l’un des symptômes les plus fréquents de la maladie, et l’un des mieux décrits par la recherche. Voici ce que l’on sait, y compris ce qui a changé récemment.

01Comprendre

Ce qu’est cette fatigue, et ce qu’elle n’est pas

Trois idées reçues tombent devant les données, et la troisième est la plus importante.

La fatigue dont il est question ici n’est pas la fatigue de quelqu’un qui a trop travaillé. Elle apparaît sans effort proportionné, elle n’est pas soulagée par une nuit de sommeil, et elle peut survenir dès le matin.

Première idée reçue : elle viendrait d’une maladie plus avancée. La méta-analyse de référence, 44 études et 7 427 personnes, montre que la fréquence de la fatigue n’est pas expliquée par la sévérité de la maladie. Les personnes fatiguées ont des scores moteurs à peine supérieurs aux autres.

Deuxième idée reçue : ce serait une dépression. La dépression est effectivement plus fréquente chez les personnes fatiguées, mais elle n’explique pas non plus la fréquence de la fatigue. Les auteurs décrivent un symptôme indépendant, pas une conséquence.

Troisième idée reçue, et la plus tenace : elle arriverait tard. La fréquence de la fatigue ne diffère pas entre les personnes récemment diagnostiquées, non encore traitées, et celles qui sont traitées depuis longtemps. Elle est présente dès le début et persiste tout au long de l’évolution.

Si vous êtes épuisé alors que votre maladie est débutante et que votre moral tient, vous n’êtes donc ni une exception, ni en train d’exagérer.

02Reconnaître

La fatigue ne vient presque jamais seule

Elle est associée à plusieurs autres symptômes non moteurs, et plusieurs d’entre eux se traitent.

  • Troubles du sommeilNuits morcelées, mouvements pendant les rêves. L’association avec la fatigue est l’une des plus fortes mesurées.
  • Somnolence de journéeS’endormir en journée malgré une nuit complète. Certains traitements y contribuent.
  • AnxiétéL’une des associations les plus marquées avec la fatigue dans les données disponibles.
  • ApathieUne perte d’élan et d’initiative, distincte de la tristesse, et souvent confondue avec elle.
  • DouleursFréquentes, souvent attribuées à l’âge ou à l’arthrose, et sous-traitées.
  • Retentissement sur la vieL’association entre fatigue et qualité de vie dégradée est de loin la plus forte de toutes celles mesurées.

Tous ces symptômes ne relèvent pas du manque de dopamine, ce qui explique que les traitements dopaminergiques ne les corrigent pas tous. Ils ont en revanche leurs propres prises en charge : c’est précisément pour cela qu’il faut les nommer en consultation plutôt que de les subir.

03Les chiffres

Une personne sur deux, environ

Un chiffre simple, et une raison précise de ne pas le prendre au pied de la lettre.

Sur 44 études réunissant 7 427 personnes atteintes de la maladie de Parkinson, la fréquence moyenne de la fatigue est de 50 %.

Les auteurs précisent aussitôt ce qui fait varier ce chiffre, et ce n’est pas ce qu’on attendrait : ce sont les échelles de mesure et les seuils retenus par chaque étude. Ni l’âge, ni le stade, ni les troubles cognitifs, ni la dépression ne font bouger l’estimation.

Autrement dit, la variation vient de la façon de mesurer, pas des personnes mesurées. C’est le même constat que pour le freezing de la marche, et c’est un rappel utile : un symptôme invisible n’existe, dans les statistiques, que s’il est cherché avec un outil conçu pour lui.

Les personnes fatiguées se distinguent par ailleurs assez peu des autres : un an d’âge de plus en moyenne, un an d’évolution de plus, et un score moteur légèrement plus élevé. Le risque de dépression associée est en revanche nettement supérieur.

04Ce que dit la science

L’activité physique aide-t-elle ?

La réponse a changé entre 2015 et 2026. Les deux états des connaissances sont présentés ici, dans l’ordre.

Ce qu’il faut retenir

En 2015, aucune preuve. Une revue Cochrane concluait qu’aucune recommandation claire n’était possible, et ne trouvait pas d’effet de l’exercice sur la fatigue.

En 2026, une preuve de certitude modérée. Une méta-analyse de 22 études trouve un effet favorable de l’exercice, avec une dose chiffrée.

Mais la nuance compte : certaines interventions dites de contrôle, comme l’hygiène du sommeil ou la relaxation, obtenaient des effets comparables à certains exercices.

AL’état des connaissances en 2015

Une revue Cochrane qui ne trouvait rien

En 2015, une revue Cochrane a examiné 11 études et 1 817 personnes, portant principalement sur des médicaments. Sa conclusion était sans ambiguïté : aucune recommandation claire ne pouvait être formulée pour le traitement de la fatigue ressentie dans la maladie de Parkinson.

Un seul signal solide en ressortait, pour un médicament, la rasagiline, sur les aspects physiques de la fatigue.

Et sur l’activité physique, les auteurs écrivaient qu’aucune preuve d’efficacité n’avait été trouvée. Ils appelaient explicitement à étudier l’effet de l’intensité de l’exercice.

Je cite cette revue bien qu’elle soit défavorable à ce que propose Park&Move, et parce qu’elle l’est. Ne présenter que la suite reviendrait à choisir ses preuves.

  • 11études
  • 1 817personnes
  • 0preuve pour l’exercice

C’était l’état des connaissances il y a onze ans. Ce n’est plus celui d’aujourd’hui.

BL’état des connaissances en 2026

Une méta-analyse qui en trouve une

Une revue systématique avec méta-analyse publiée en 2026 a réuni 22 essais randomisés consacrés à l’exercice et à la fatigue dans la maladie de Parkinson.

Comparé à l’absence d’exercice, l’exercice obtient un effet important en faveur de la réduction de la fatigue, avec une certitude jugée modérée selon la méthode GRADE. Les interventions concernées associaient marche, renforcement, entraînement multimodal et danse.

La dose retenue par les auteurs est précise : des modalités actives et continues, d’intensité modérée, au moins deux fois par semaine, 20 à 60 minutes.

Deux réserves accompagnent ce résultat. Les interventions les plus spécifiques, les plus intenses ou les plus engageantes semblaient donner de plus grands effets, mais certaines interventions de contrôle, hygiène du sommeil, relaxation, éducation ou étirements, obtenaient des effets comparables à certains exercices actifs.

  • 22essais randomisés
  • modéréecertitude de la preuve
  • 2séances par semaine minimum
  • 20 à 60minutes par séance

Une certitude modérée n’est pas une certitude. Et le fait que la relaxation ou l’hygiène du sommeil fassent parfois aussi bien mérite d’être su plutôt que caché.

Voir les sources scientifiques

05Passer à la pratique

Ce qui ressort des travaux disponibles

Des repères issus des études citées plus haut, pas un programme. Et un préalable : éliminer d’abord les causes qui se traitent.

  • Chercher les causes traitablesTroubles du sommeil, anxiété, dépression, anémie, thyroïde, effets de certains traitements. Plusieurs se corrigent.Exempleen parler au médecin avant d’attribuer la fatigue à la seule maladie.
  • Une dose, pas un effort maximalLa méta-analyse de 2026 retient au moins deux séances par semaine, de 20 à 60 minutes, à intensité modérée.Exempleviser la régularité plutôt que l’intensité, et tenir la durée dans le temps.
  • Des modalités actives et continuesMarche, travail aérobie, renforcement, entraînement combiné. Ce sont les formes étudiées dans les essais inclus.Exempleune marche soutenue régulière plutôt qu’une séance intense isolée.
  • Répartir dans la journéePlacer les activités exigeantes aux moments où vous êtes le plus disponible, et non quand il reste du temps.Exemplerepérer sur quelques jours vos heures les meilleures, puis organiser autour.
  • Le sommeil et la détente comptentLes travaux récents observent que l’hygiène du sommeil et la relaxation obtiennent parfois des effets comparables à l’exercice.Exempleles traiter comme une partie de la prise en charge, pas comme un supplément facultatif.

La Movement Disorder Society publie régulièrement une revue des traitements des symptômes non moteurs. Plusieurs des symptômes associés à la fatigue y figurent avec des prises en charge établies, ce qui est une raison de plus de les évoquer en consultation.

Une fatigue nouvelle ou qui s’aggrave nettement mérite un avis médical avant toute chose. Elle peut relever d’une cause qui n’a rien à voir avec la maladie de Parkinson et qui se traite. Augmenter son activité physique ne doit pas servir à passer à côté d’un diagnostic.

06Park&Move

Deux séances par semaine, tenables.

La dose retenue par les travaux récents est modeste et régulière, pas héroïque. Les programmes Park&Move sont construits pour être tenus dans la durée, à l’un des trois niveaux.

Découvrir mon niveau

Questionnaire gratuit, sans inscription. Il ne remplace pas un avis médical sur votre fatigue.

Références

Sources et références scientifiques

Les informations de cette page s’appuient sur les publications ci-dessous. Chaque référence renvoie à la publication d’origine.

  1. Siciliano M, Trojano L, Santangelo G, et al.

    Fatigue in Parkinson’s disease: a systematic review and meta-analysis.

    Movement Disorders. 2018 ; 33(11) : 1712‑23. PMID 30264539.

    Consulter la publication

    Fréquence de la fatigue sur 44 études et 7 427 personnes, et son indépendance vis-à-vis de la sévérité motrice et de la dépression. Porte les sections 01 et 03.

  2. Elbers RG, Verhoef J, van Wegen EEH, et al.

    Interventions for fatigue in Parkinson’s disease.

    Cochrane Database of Systematic Reviews. 2015 ; 10 : CD010925. PMID 26447539.

    Consulter la publication

    État des connaissances en 2015 : aucune recommandation claire possible, et aucune preuve alors en faveur de l’exercice. Porte le premier temps de la section 04.

  3. Costa V, Zambetta ML, Gianlorenço AC, et al.

    Physical exercise for managing fatigue in Parkinson’s disease: clinical and research recommendations from a systematic review and meta-analysis.

    Journal of Geriatric Physical Therapy. 2026 ; 49(3) : 163‑71. PMID 41538284.

    Consulter la publication

    22 études. Effet de l’exercice sur la fatigue, certitude modérée, avec une dose chiffrée. Porte le second temps de la section 04 et toute la section 05.

  4. Chaudhuri KR, Schapira AHV.

    Non-motor symptoms of Parkinson’s disease: dopaminergic pathophysiology and treatment.

    The Lancet Neurology. 2009 ; 8(5) : 464‑74. PMID 19375664.

    Consulter la publication

    Revue de référence sur les symptômes non moteurs et sur le fait qu’ils ne relèvent pas tous de la dopamine. Porte la section 02.

  5. Seppi K, Ray Chaudhuri K, Coelho M, et al.

    Update on treatments for nonmotor symptoms of Parkinson’s disease: an evidence-based medicine review.

    Movement Disorders. 2019 ; 34(2) : 180‑98. PMID 30653247.

    Consulter la publication

    Revue de la Movement Disorder Society sur les traitements des symptômes non moteurs. Sert la section 02 et l’invitation à en parler à son médecin.

  6. Ernst M, Folkerts AK, Gollan R, et al.

    Physical exercise for people with Parkinson’s disease: a systematic review and network meta-analysis.

    Cochrane Database of Systematic Reviews. 2024 ; 4 : CD013856. PMID 38588457.

    Consulter la publication

    Comparaison de nombreuses formes d’exercice dans la maladie de Parkinson. Sert le volet général de la section 05.

Pour aller plus loin

Ces organisations publient une information grand public de référence sur la maladie de Parkinson. Elles ne sont pas des publications scientifiques, et figurent à ce titre séparément.